Jour 3, Berne – Schwarzenburg

Mon amie Pascale, des Vadrouilles me demandait ce que je cherchais à atteindre avec mon défi. Aujourd’hui, j’ai eu un avant-goût de mon objectif. Faire tomber les barrières.

J’ai quitté Berne à 7h30 après une nuit ma fois bien reposante malgré le contexte de dortoir. Il faut dire que mon corps avait bien besoin de repos après les 30km avalés dans la journée.

L’étape du jour devait compter 32km, pour autant que je suive la Via Jacobi. Or j’ai choisi d’en dévier. Moins de kilomètres, et pourtant un effort plus important pour traverser le Gantrisch par monts et par vaux, à travers pâturages et forêts. Un coup je monte, un coup je descends. Comme j’avais commencé par le Gurten et le Ulmizberg dès la première heure, ce fût une journée haute en dénivelé. Plus que la précédente.

Une pause repas dans les hauteurs, sous le regard bienveillant de trois géants bien de chez nous, culminants chacun à plus de 4000m, j’ai nommé l’Eiger, le Mönsch etait la Jungfrau. Trois vénérables que j’admirais il y a deux ans et demi depuis l’autre côté, alors que je marchais autour du glacier d’Aletsch.

Ce qui est frappant lorsqu’on fait beaucoup de randonnée c’est de reconnaître les montagnes et de réaliser que l’on a déjà marché sur celle-ci, derrière celle-là ou encore autour de cette dernière. D’avoir les repères: ainsi, lorsque j’ai vu le Mont Chasseral à ma droite, le Mont Gibloux en face de moi, j’ai eu l’impression d’être déjà chez moi. Lorsque j’ai vu le Moléson au loin, tout petit, et la Berra et son sommet dégarni,  j’ai réalisé la distance que j’avais parcouru il y a quelques mois lorsque j’ai relié Broc à Plasselb.

J’ai déjà beaucoup marché dans la région. Pourtant, jamais je n’ai parcouru 85km en trois jours… 85km en trois jours…. C’est incroyable.

J’ai terminé cette journée dans la douleur. Une douleur que j’ai pu facilement gérer et relativiser. J’ai pourtant atteint un cap: j’ai senti certaines barrières tomber. Chemin faisant, je suis passé de l’euphorie de la vue magnifique sur les Alpes aux rires, voire fourires, à certaines pensées cocasses, aux larmes non de tristesse – je ne sais pas l’expliquer – mais de penser au chemin parcouru ces dernières années, et ces trois derniers jours.Un ras de marée d’émotions qu’il m’était, au fil des mon chemin, de plus en plus difficile de contenir.

Je suis arrivé à Schwarzenburg autour de 16h après avoir parcouru 28km en un peu plus de 8h. Mes jambes me font mal. Elles auront encore une fois la nuit pour récupérer. Demain, une dernière étape de 25km Les attend. J’ai décidé de m’arrêter à Fribourg pour des raisons météo et professionnelles. J’aurai dépassé les 110km. Pas mal pour quelqu’un qui ne pouvait pas marcher plus d’une heure en 2003 du haut de ses 132kg, et moins de 3h en 2010 du haut de ses 118kg. Aujourd’hui, 90kg, et 110km en 4 jours… Way to go. Rien n’est impossible.
 

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