Les Pervers Narcissiques – Réaction

pervers narcissiques
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Ce soir, j’ai découvert le blog de Ketrichen: Manuel de survie pour zèbres et j’ai lu avec plaisir son article sur les pervers narcissiques: Amour et Manipulation

J’ai souhaité réagir à son article. J’ai posté un commentaire que je reporte, car il a bien la longueur d’un article 🙂

Bel article, bons conseils. J’aimerais relever quelques points. J’ai 43 ans, et j’ai compris il y a quelques années que j’avais été dans ma vie victime de plusieurs pervers narcissiques autant dans ma vie personnelle que professionnelle. J’ai travaillé sur le sujet et j’ai appris beaucoup.

je commencerai pas souligner que la notion de « pervers narcissique » n’est pas erronée. Il s’agit bien de perversion. La définition de « Pervers » par Larousse est la suivante:

« Qui est enclin à faire le mal et qui le tente par des moyens détournés ». Tout est là: « PAR DES MOYENS DETOURNES ».

Le pervers narcissique utilise des moyens détournés pour détruire ses victimes à petit feu, et il s’alimente de leur énergie. Puis quand la victime est proche de toucher le fond, de manière tout aussi perverse, il la valorise, la compliment, lui recharge les batteries afin de commencer à nouveau. Contrairement à une personne ouvertement agressive et violente qui crie, qui frappe, avec qui les choses sont vite claires, le pervers narcissique agit sans témoin, et pousse sa victime à douter d’elle même en permanence. La notion de pervers narcissique est venue dans les années soixante par Paul-Claude Racamier. J’ai lu le livre « Les Pervers Narcissiques » de Jean-Charles Bouchoux sur le sujet – Celui de Racamier est un peu complexe pour les non-initiés je crois). Très bien vulgarisé, il m’a donné des notions de psychologies. J’ai appris beaucoup alors que jusqu’ici j’étais plutôt hermétique à toutes ces notions d’œdipe et compagnie. Ce qu’il a d’intéressant, c’est qu’il parle aussi de la victime, et c’est essentiel, car si on ne peut pas changer le pervers narcissique, on peut changer la victime: soi-même.

Il y a plusieurs choses à comprendre: D’abord, la relation avec un pervers narcissique se joue à deux: tout le monde n’est pas victime d’un pervers narcissique, alors pourquoi moi ? qu’est-ce qui fait la différence ? C’est la première étape, indispensable, pour avancer et ne pas retomber dans les mêmes pièges encore et encore. Il est indispensable d’accepter, et de chercher à comprendre pourquoi on est victime d’un pervers narcissique. C’est le travail que j’ai fait en août 2013.

Mon premier constat a été que je ne me respectais pas. Dès lors, il m’était impossible d’attendre des autres qu’ils me respectent.

Pour donner une idée, j’ai accepté que mon ex me dise qu’il avait honte de me présenter à ses amis. Je suis très sociable, et je me confie facilement et parle beaucoup. J’ai un avis sur tout. Lui était très introverti et était très gêné par ce comportement. Il s’était convaincu que ses amis n’aimaient pas mon comportement. Comme on m’a souvent dit dans mon enfance que j’avais une grande gueule et que je parlais beaucoup, que je faisais tout pour attirer l’attention, par ce commentaire, il a surfé sur ce traumatisme. J’ai conclu que si lui le disait aussi, c’est que tout ça devait être vrai… J’ai donc accepté d’être rabaissé, car j’étais d’accord avec la critique. C’est souvent comme ça que ça fonctionne.

La victime de pervers narcissique est souvent intelligente, peu sûre d’elle, très critique vis-à-vis d’elle-même, perfectionniste, et passe son temps à se remettre en question. C’est là-dessus que le manipulateur compte. Il va pousser sa victime dans des dilemmes insolubles, des paradoxes, la poussant à un niveau de stress élevé, et l’empêchant d’ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe vraiment. Ainsi, je me suis retrouvé à passer mon temps à essayer d’anticiper les pensées de mon ex: qu’aurais-je du faire ? ne pas faire ? comment ? pourquoi m’en veut-il, ou va-t-il m’en vouloir… Avec le pervers narcissique, quoi que sa victime face, c’est faux. Si sa victime prend une initiative, elle n’aurait pas du la prendre. Dans le cas contraire, il va lui reprocher de ne pas l’avoir prise. La victime se remettant toujours en question va passer son temps à se dire que c’est elle le problème, que son bourreau a raison, et va finir par s’enfoncer dans une déprime et une profonde détresse ne pouvant rien faire de juste.

D’autre part, comme tu l’expliques bien dans ton article, le pervers narcissique sait se faire respecter et admirer de tous. La victime qui réalise ou qu’on aide à réaliser ce qui se passe est seule face à son pervers. Dans ton exemple, il y a deux personnes qui font front. Dans la réalité, c’est très rarement le cas. Et, comme tu le dis également: « tues le messager, il n’y a plus de message ». J’ai vécu cette situation à plusieurs reprises.  En août 2013, lorsque j’ai démasqué mon chef et réalisé qu’il était un pervers narcissique, personne ne m’écoutait. Même dans mon entourage personnel, quand je décrivais la situation, on m’a eu répondu « il fait son travail de chef » …. J’ai même eu un tête à tête avec le directeur de la société à qui j’ai fait part de ma découverte. Il m’a répondu « narcissique peut-être, mais il n’est pas destructeur… Il n’a que des éloges pour les membres de son équipe »… Évidemment: c’est lui (mon chef) qui avait choisit les membres de son équipe. Il n’allait pas en dire du mal. Autant dire que le directeur, qui se prétendait expérimenté dans la gestion des cas de pervers narcissique n’a rien compris.

Un autre élément à comprendre est qu’un pervers narcissique ne se lève pas le matin en se disant « yerk yerk yerk, je vais faire le mal, je vais détruire qqun et me nourrir de ça »… Son comportement est inconscient. Il est pervers de la même manière qu’il respire. C’est sa nature, et non pas un fonctionnement réfléchi et conscient. On ne parle pas ici d’ambition ni de stratégie, mais bien de fonctionnement intrinsèque. Le pervers narcissique est souvent également très intelligent, et manque également souvent de confiance en lui. Par contre il est totalement incapable de se remettre en question, c’est pourquoi les professionnels ne peuvent que s’en débarrasser lorsqu’ils comprennent à qui ils ont à faire. Tout ce qui arrive à un pervers narcissique est la faute des autres, de son environnement, de l’univers, mais jamais la sienne. Et en effet, il ne changera pas.

La plus grande difficulté, lorsqu’on est victime d’un pervers narcissique et qu’on l’a démasqué, s’est de s’accrocher à son constat. Il m’est arrivé très souvent après ma découverte et pendant mon travail personnel de remettre en question mon impression, de me dire que peut-être que je me trompais, qu’il n’était pas pervers narcissique, que je faisais fausse route. Le plus dur a été de lutter contre moi-même et ma nature à me remettre en question en permanence et à donner le bénéfice du doute aux autres…

N’oubliez pas que le pervers narcissique est le roi du masque. Il saura toujours porter le masque qui correspond exactement à son interlocuteur. Ca aussi, c’est instinctif.

Aujourd’hui, je suis devenu extrêmement prudent et attentif. Mes amis me disent parfois que je vois des pervers narcissiques partout… en même temps, ils sont partout. Et depuis, je me suis rarement trompé. Et les fois où  je pense m’être trompé, je reste sceptique… Je ne suis pas devenu paranoïaque, par contre j’ai appris à reconnaître les signes qui ne mentent pas.

Quant à aider les autres, il faut faire attention à ne pas se mettre dans un rôle de saint-bernard qui peut parfois devenir très lourd et compliquer. Il faut accepter que pour une victime réagisse, elle doit faire un travail sur elle-même. C’est à ce seul prix quelle pourra ouvrir les yeux. Et une fois les yeux ouvert, il faut encore qu’elle ait envie de sortir de la relation, qu’elle soit privée ou professionnelle. Elle seule peut le faire. On peut la soutenir, mais pas la forcer. Quant à entrer dans un « jeu » contre le pervers narcissique, c’est dangereux. Un pervers narcissique démasqué est comme une bête sauvage acculée. Il va tout mettre en œuvre pour accentuer la destruction de sa victime, seulement cette fois, il ne va pas la faire remonter la pente pour continuer la manipulation. Ca en a mené au burn out, voire au suicide.

J’ajouterai enfin que j’ai constaté qu’il est souvent difficile de définir, dans un couple, dans une équipe, qui est vraiment pervers narcissique lorsqu’on a l’impression qu’il y a en a plusieurs. Il y a un phénomène de contagion dans certains cas. Une victime de pervers narcissique peut devenir elle même perverse sous la pression, et parce qu’elle a l’impression qu’elle n’a plus aucun choix. Elle se retrouve alors dans un fonctionnement qui est totalement opposé à sa nature et qui est autrement destructeur… pour elle même, et pour les autres. C’est à prendre en compte dans l’analyse de la situation.

2 réflexions sur “Les Pervers Narcissiques – Réaction

  1. Merci Akim. Ces mots me replongent dans un passé encore trop proche de victime de PN. Avec cette question qui me hante depuis comme jamais rien ne m’a hanté : ai-je suffisamment avancé, travaillé sur moi, pour ne plus jamais risquer d’être une nouvelle fois victime d’un pervers narcissique?
    Car malheureusement tu as raison, et c’est souvent ce qui rend le travail difficile et en fait un travail de fond, si on a été victime d’un PN c’est que certaines choses chez nous lui ont ouvert la porte… est-elle bien fermée aujourd’hui? Mon détecteur à PN est-il fiable?
    Bonne route.
    Stéphane.

  2. Merci pour ton commentaire Stéphane.

    La réponse est difficile. Avec l’expérience, on devient plus attentif. Au final, ce n’est pas le « détecteur à PN » qui importe. C’est le détecteur de bien-être intérieur. Est-ce que cette personne me met dans une situation de conflit intérieur ? Me pousse-t-elle à me remettre en question constamment ? Prendre du recul. Sortir de son corps, de la situation, et la regarder comme si l’on était son meilleur ami, et se demander « si mon meilleur ami était dans cette situation, trouverais-je ça normal ? » ?

    Ce que j’ai constaté dans mon histoire, c’est que la plupart du temps, j’acceptais des choses que je disais inacceptables à d’autres quand elle leur arrivait. Un exemple facile: La première année de notre relation, mon ex m’a dit « j’ai honte de te présenter à mes amis ». Si un ami venait me raconter ça, je lui dirais « mais barre-toi !!! Il est con machin. Comment peut-on dire un truc pareil à quelqu’un qu’on aime ». Alors que moi, j’ai accepté, j’ai pris sur moi, parce que je donnais du crédit à son ressenti.

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