C’est pas ma faute si je suis né à la Chaux-de-Fonds

La Chaux-De-Fonds vue du cielPendant longtemps, je me suis étonné que les gens me trouvent peu expressif face à, par exemple, les environs de la ville de Québec sous la neige, une immeuble avec de jolis reliefs dans telle ou telle ville, des peintures murales dans un vieil immeuble, un théâtre ou une salle de spectacle, un espace vert foisonnant.

En lisant l’article « La Beauté vient de l’intérieur » paru dans le Via de mars 2016 (Disponible dans toutes les gares de Suisse Romande ou consultable en ligne), j’ai enfin compris: Je suis né à la Chaux-de-Fonds. Je suis né dans un écrin de beauté, de culture, d’innovation.

Enfant, j’ai grandi dans un grand immeuble de 5 étages aux plafonds hauts couverts de moulures en plâtre, aux grandes fenêtres lumineuses et aux chambres spacieuses, dont la cage d’escalier était arborée d’une magnifique main courante en bois et fer forgé, et les murs décorés. A la Chaux-de-Fonds, c’était la norme. La plupart de mes copains d’école étaient dans des appartements similaires. Nous allions à l’école au nouveau collège Numa-Droz. Un établissement récent, tout en béton, comble du modernisme d’alors, aux salles de gymnastiques aussi nombreuses qu’impressionnantes, et équipé d’une piscine à niveau réglable.

Lorsque j’allais à la poste, j’entrais dans une énorme bâtisse, majestueusement habillée de sa pierre jaune. Là, les guichets s’alignaient en nombre. Le sol était fait de granit. Ca ne m’étonnait pas. C’est toujours ainsi que je l’ai connue, la Poste de la Chaux-de-Fonds. Et que dire de la gare, avec ses 7 quais. Moi qui croyait que ma gare, la Gare de la Chaux-de-Fonds était une petite gare du haut de ses sept quais fut bien surpris quand je découvris que Lausanne n’en avait que 9 … et demi.

Carillon du Musée International d'Horlogerie à la Chaux-de-FondsLe week-end, j’étais souvent avec mon grand-père. Nono… Ca, c’est mon héritage italien. Mon grand père avait du caractère, et lorsque deux tronches italiennes avec du caractère se rencontrent, ça peut faire des étincelles. Malgré cela, j’ai de merveilleux souvenir de la Chaux-de-Fonds grâce à lui. Quelle pouvait être ma joie de monter à pied jusqu’au bois du Petit-Château, un zoo gratuit dans une verdure luxuriante dans les hauteurs de cette belle ville. Nous allions y voir les sangliers, les lynx, les hiboux, et bien d’autres encore. Nous nous promenions souvent au Parc des Crétêts et au Parc Gallet, deux des nombreux parcs agrémentant la cité. Puis, au détour d’un chemin, nous faisions un arrêt au splendide Musée International de l’Horlogerie dont il était membre. Nous pouvions ainsi y accéder à bien plaire, et nous ne nous en privions pas. En sortant, nous ne manquions pas d’aller admirer et écouter l’étonnant Carillon aux allures et aux mélodies dignes des meilleurs films de science-fiction, dont les couleurs et les thèmes sont accordés aux saisons.

Un tas de neigeEt l’hiver à la Chaux-de-Fonds… Ah… l’hiver à la Chaux-de-Fonds. Alors que nous faisons des tunnels dans les tas de neige, certaines rues en pente étaient fermées et bloquées avec des pneus, permettant ainsi aux enfants de faire de la luge, du bob ou du ski en toute sécurité en pleine ville. Le terrain de « La Sorcière » était équipé de son petit téléski pour permettre aux plus jeunes d’apprendre le ski, alors que les plus grands partaient à l’assaut du Chapeau Râblé et de ses goulets. Sapin de NoelAlors que les fêtes approchaient, nous pouvions voir de magnifiques installations décoratives se mettre en place, un sapin plus grand que la Grande Fontaine se parer, puis, le 6 décembre, c’était l’émerveillement: tout s’illuminait le long du Pod, le petit nom local de l’Avenue Léopold-Robert, l’une des deux artères principales de la ville.

La Grande FontaineLa Grande Fontaine est un autre des éléments architecturaux qui a marqué mon enfance. Comment voulez-vous qu’un enfant né à la Chaux-de-Fonds imagine une fontaine autrement que la Grande Fontaine ? Un joyau local inauguré pour fêter l’arrivée de l’eau courante en ville. Une façon peut-être de faire un pied de nez à la fontaine des six-pompes où, jadis, les habitants allaient chercher l’eau de la Ronde, une rivière aujourd’hui canalisée dans le sous-sol ? A mes yeux, une fontaine, ça devait être grand. A même titre qu’un sapin de noël, qu’une poste ou qu’un orgue.

Salle de MusiqueEt à propos d’orgue, que dire de la culture dans laquelle j’ai grandi ? J’ai fait mes écoles dans une ville où l’enseignement obligatoire a été précoce. Lors des leçons de français, nous faisions de la phonétique, thème alors normal pour moi. J’ai suivi quatre ans de solfège et quelques leçons de violon au conservatoire de la Chaux-de-Fonds, fondé en 1924. J’ai eu la chance d’avoir ma remise de diplôme de solfège dans la fabuleuse et unique salle de musique de la ville réputée pour ses qualités acoustiques exceptionnelles et son orgue impressionnant.

Je pourrais vous en raconter encore beaucoup sur cette belle ville dans laquelle j’ai grandi. Je pourrais vous parler de son musée des beaux-arts ou de son musée d’histoire naturelle, je pourrais vous montrer des photos de l’ancien manège, ou d’autres bâtiments habillés à l’intérieur comme à l’extérieur de parures d’exceptions. Je pourrais vous présenter ses magnifiques églises catholiques ou protestantes, sa superbe synagogue, toutes cohabitant dans la paix et l’harmonie, soit dit en passant. Je pourrais vous rappeler que « Le Corbusier » y est né, ainsi que Chevrolet (oui oui, celui des voitures) ou encore Blaise-Cendrars. Et je pourrais vous rappeler que ça reste la 3ème ville de suisse romande, juste derrière Genève et Lausanne. Mais si je vous racontais tout et vous montrais tout, vous n’auriez plus de raison de vous y rendre.

Alors lorsqu’un Chaux-de-Fonnier vous dit qu’il est fier de sa ville, qu’il l’aime et qu’elle méritait bien d’être classée à l’Unesco, s’il ne s’émerveille pas de choses qui vous semblent exceptionnelles dans votre ville, votre région, ne vous offusquez pas: rendez-vous à la Chaux-de-Fonds, visitez ses entrailles, et vous comprendrez…

Pour vous y rendre ? Prenez l’avion jusqu’à Bâle (Basel), Genève, Zürich ou Berne, voire Lyon, puis utilisez le moyen de transport qui vous sied et rendez-vous à l’office du tourisme, dans la tour Espacité.

En voiture

En train

31 réflexions sur “C’est pas ma faute si je suis né à la Chaux-de-Fonds

  1. Hello,

    Bel article!
    Mais je me trompe peut-être, ne vouliez-vous pas dire synagogue plutôt que mosquée?

    Salutations

  2. Hello! Bravo pour ce bel article!!! Merci tout tous les bons souvenirs dont je me suis rappelé en le lisant.
    Belle soirée.

  3. J’ai étudié au Technicum du Locle et je m’y suis marié aussi. Ce n’est pas la Chaux de Fonds mais c’est la même belle région du jura avec ses beaux sapins !

  4. Merci pour ce beau témoignage, j’ai retrouvé La Tchaux de mon enfance. Quelque fois j’ai envie de retourner y vivre. Qui sait peut-être un jour cela se fera.

  5. Merci…Moi, Polonaise, habitant à la Chaux-de-Fonds depuis 29 ans…c’est comme ça que je vois cette ville…elle est toujours (encore?) belle et ouverte….
    Malgorzata

  6. Si si, je m’en souviens très bien 😉 Mais pas de lignes directes. J’ai cherché. Donc à moins d’avoir un jet ou un avion privé, voire d’avoir les moyens de prendre un avion taxi, vaut mieux venir en train 😀

  7. Bravo! C’est tellement vrai. Chaque fois que je sors du tunnel de la Vue des Alpes (si je peux je passe par en haut..) ou du tunnel des Convers, je vibre.
    La Tchaux c’est unique au monde mais je crois qu’il faut y être né pour vraiment comprendre.

  8. Magnifique texte…
    Moi je n’y suis pas née mais J’y ai grandi ! De 7ans à presque 30 ans ! Et c’est pas de ma faute non plus… hi hi !

  9. Oui Philippe. Du Locle jusqu’aux Franches-Montagnes, nous faisons tous partie de la même équipe. Du moins, je l’ai toujours vécu ainsi. Nous étions dans les mêmes classes, participions dans les mêmes sociétés locales, allions dans les mêmes boîtes … La Licorne, puis plus tard, le Cesar’s et la Pyramide …. Un gâchis d’ailleurs, la Pyramide qui est restée vide pendant très longtemps. A-t-elle été réaffectée ?

  10. Ca m’arrive également souvent. Qui sait, un jour peut-être … Comme je suis dans la réflexion d’une nouvelle orientation de vie, la Chaux-de-Fonds pourrait y avoir une place 🙂 A réfléchir.

  11. Oui il faut y être né ou y avoir grandi. Nombre de gens arrivés dans la ville pour y vivre ressentent la même chose 🙂

    C’est vrai que depuis qu’il y a le tunnel, on néglige le Col de la Vue. J’essaie aussi d’y passer autant que possible.

  12. 7 ans. c’est l’âge auquel est arrivée ma maman à la Chaux-de-Fonds 🙂 Aujourd’hui elle est bien Chaux-de-Fonnière aussi 🙂 La ville à une très grande histoire d’immigration. Les Italiens, puis ensuite les Espagnols, lorsque j’étais à l’école. Ado, j’ai vu arriver les portugais, puis après les Albanais, les Kosovars… Cette ville a toujours connu l’immigration.

  13. Akim cela fait plus de 30 ans que nous ne nous sommes pas croisés et je suis heureux de lire que le collège de notre jeunesse t’a tant marqué. Numa-Droz… Le choc pour moi qui venait des Planchettes et y avait fait mon école primaire, en collège de campagne multiniveaux… A 12 ans l’arrivée à La Chaux-de-Fonds en car postal, la découverte de la ville, de nouveaux camarades de divers horizons alors que dans mon village il y avait 2 familles d’agriculteurs plus les « autres ». Pour moi qui suis resté dans la région bien que très mobile, je reste émerveillé de notre ville à la campagne, avec ses beautés intérieures comme tu l’as si bien écrit mais aussi ses beautés naturelles en périphérie, les Côtes du Doubs, les vastes pâtures et près, les torées, le ski de fond, tout ça a quelques pas du centre-ville.

  14. Salut Akim, je suis David Lienhard, né en novembre 1970. J’ai habité rue Numa-Droz 77 de ma naissance à 1975 puis aux Planchettes jusqu’en 88. J’ai fait 4 ans d’école secondaire à Numa-Droz, je pense de 1982 à 1986, d’abord dans le nouveau collège puis dans l’ancien, au rez sup en face de la classe de dessin de Mme Rapin.
    J’étais les 4 ans en classique, avec toujours une quinzaine de filles dans la classe, c’est pourquoi pour la gymnastique nous les 4-5 garçons de la classe étions avec une autre classe. Au début avec des préprofs puis par la suite avec des scientifiques. Mes souvenirs sont assez vagues mais je me souviens de toi, on s’est croisés soit à la gym soit dans les couloirs ou dans la cour. A cette époque j’avais des fréquentations assez douteuses, au passage Zimmermann appelé « le Sout » et roulais en Condor Puch customisé genre Harley du pauvre… Je faisais partie aussi des fumeurs clandestins (mais que du tabac), auxquels M. Leuba faisait la chasse. J’ai aussi passé des mercredis après-midi avec Willy Kurth à écrire 250 fois la même phrase en allemand. Bref une très belle époque et je m’en suis bien sorti. Et toi ?

  15. Excellent. Ok, je vois l’équipe du « Soutè ». vous me serviez d’excuse quand j’arrivais en retard à la maison !!! « Les punks dans le Soutè m’ont embêté……  » 🙂 Excellent. Moi 5 ans à Numa, 5 ans aux Forges 🙂 Je me souviens de tous mes profs de primaires: Mme Jaquier, Madame Boegli, Monsieur Perrin, Monsieur Sandoz… Ca nous rajeunit pas 😉

  16. C’est un très bel article, bravo. Il donne aux touristes l’envie de découvrir la ville et aux nostalgiques celle d’y revenir. Il y a juste une petite coquille; Cendrars s’écrit avec un « s » et non un « d ».

  17. Et oui, c’est pas notre faute! Je suis née à la Chaux-de-fonds, je l’ai quittée en 1980 avec mes parents, italiens et je vis avec la nostalgie. Pendant beaucoup d’années, j’ai fait le meme cauchemar: le jardin de rue de la paix où j’habitais étais détruit. Maintenant je reviens tous les étés, les cuchemars ont disparus et les personnes qui m’accompagnent apprécient!!
    Merci Akim.
    Julia

  18. Bonjour Akim , tout d’abord bravo pour votre article, je vais essayer en quelques lignes de vous écrire mon vécu de 4 années à la « tchaux » . J’ai débarqué un 30 août pour un entretien afin de devenir l’entraîneur du CNCF, pour moi qui venait de Montpellier je fus surpris par …..la fraîcheur . Entretien le 30 au boulot le 6 sept . Début des entraînements et là premier « souci » apprendre à donner les chiffres en suisse, croyez moi j’en ai donné du septente et du nonante, contenir ma fougue au travers d’un langage « sudiste » ……. bref un peu perdu au début entre « un cornet » , « c est tout bon » et le gout de la mélasse, je me suis construit une belle tranche de ma vie….cela je le dois aux gens rencontrés dans cette ville, des gens rigoureux ,exigeants mais présents, comme un hiver jurassien…..des gens avec une formidable envie de réussir, de se donner pour leur ville au travers de leur club…….des gens généreux, aimants , riants dans l’instant de partage d’une saucisse de veau au milieu d’une forêt de mélèzes……
    Alors oui la tchaux ne laisse pas insensible au travers des années où cette ville s’est développée , elle a su construire des gens forts et entiers à l’image d’un célèbre navigateur ….cqfd

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *